Le fameux brief. Ce document supposé guider le travail du designer, souvent attendu comme une boussole, et qui se transforme parfois en carte au trésor dessinée par un enfant de 5 ans avec une main dans le dos.
Que vous soyez entrepreneur, responsable com’, ou porteur de projet passionné, vous aurez un jour besoin d’un visuel : logo, affiche, identité visuelle, packaging, site web, vous nommez. Et pour que le résultat final ressemble à ce que vous imaginez (ou mieux), tout commence par un brief bien ficelé.Un bon brief n’est pas une formalité. C’est le socle de votre collaboration avec le designer. Mieux il est conçu, plus vous évitez les malentendus, les retours interminables, les frustrations mutuelles, et les “tu peux me refaire un truc complètement différent ?”.
Dans cet article, on vous donne les clés d’un brief clair, efficace, et agréable à lire, même pour un graphiste en pleine deadline. Avec un peu de structure, beaucoup de bon sens, et une pointe d’humour.
Avant d’écrire : clarifiez vos idées et fixez un cap
Avant même d’ouvrir un document Word intitulé “brief_version_finale_def_def2_vrai”, prenez un moment pour réfléchir. Un bon brief commence bien avant l’écriture : il commence par des questions à se poser honnêtement.
Quel est votre objectif ? Qu’attendez-vous de ce design ? À quoi va-t-il servir, et dans quel contexte ? Est-ce un lancement, une refonte, une urgence pour hier ? Y a-t-il une vraie stratégie derrière, ou c’est un test, une première étape ?
Plus vous êtes au clair, plus votre brief va droit au but. Ce n’est pas grave de douter ou de chercher encore vos repères – dites-le. Un designer préfère travailler avec quelqu’un d’honnête qu’avec quelqu’un qui donne des instructions floues pour masquer son flou artistique.
Et surtout, formulez un objectif concret. Pas juste “je veux que ce soit beau”. Tout le monde veut du beau. Mais vous, vous voulez quoi ? Attirer l’attention ? Inspirer confiance ? Marquer les esprits ? Booster les ventes ? Le graphisme est un outil : dites à quoi il sert.
N’oubliez pas la deadline. Une vraie. Et si possible, réaliste. Le brief “j’ai besoin d’un logo pour demain” précède souvent une exécution bancale… et une déception bien prévisible.
Parlez de votre public, pas seulement de vous
Trop de briefs parlent uniquement de celui qui commande. “Je suis passionné par la photo, j’ai toujours aimé le noir et blanc, j’aimerais que ça reflète mon parcours.” D’accord, mais qui va voir le visuel ? Qui va interagir avec lui ? Qui doit le comprendre et y répondre ?
Décrivez votre public cible. Son âge, ses habitudes, son niveau de familiarité avec votre secteur, ses goûts, ses attentes. Ce n’est pas une fiche Wikipédia, mais une description vivante : parlez de la personne que vous voulez toucher comme si vous la connaissiez personnellement.
Un bon design ne s’adresse pas à vous : il parle à votre audience. Votre designer ne crée pas pour vous faire plaisir, mais pour atteindre un objectif ensemble.
Inspirez sans brider : références visuelles et style souhaité
Vous n’avez pas à connaître les termes techniques du design pour faire un bon brief. Mais vous pouvez montrer des exemples de ce que vous aimez : un logo vu sur Instagram, une affiche de concert, une identité de marque qui vous parle.
Un petit tableau Pinterest, trois captures, un moodboard approximatif… peu importe la forme, tant que vous expliquez ce que vous aimez dedans : les couleurs, la simplicité, l’agencement, la police ? Évitez les généralités comme “moderne mais intemporel” (traduction : je ne sais pas ce que je veux). Donnez des éléments concrets.
Attention toutefois à ne pas enfermer le designer dans une copie : ce sont des pistes, pas des directives. Vous donnez le ton, il compose la partition.
Les contraintes techniques, pratiques et mentales (oui, vraiment)
On y pense souvent trop tard, mais c’est le cœur de la clarté dans un brief. Plus vous partagez d’informations pratiques, mieux le graphiste pourra anticiper les pièges et les adaptations.
Voici une check-list (non exhaustive) des contraintes utiles à mentionner :
- Format final attendu : dimensions, orientation, web ou print, vectoriel ou non, responsive ?
- Supports d’utilisation : flyer papier ? Réseaux sociaux ? Impression textile ? Enseigne lumineuse ?
- Contraintes d’impression : fonds perdus, marges techniques, spécificités imposées par un imprimeur.
- Fichiers attendus : PDF, PNG, SVG, fichiers source (AI, PSD), déclinaisons couleurs ?
- Délais impératifs : s’il faut livrer pour un événement, une campagne, ou une date stratégique.
- Contraintes légales : logo déposé ? Polices à licence libre obligatoire ? Mention RGPD ?
- Charte graphique existante ? Si oui, fournissez-la (avec les bonnes couleurs, pas juste une capture floue de votre site de 2018).
Et enfin, les contraintes humaines :
- Un collègue déteste le vert ?
- Votre président veut qu’on voie le logo même à 2 km de distance ?
- Vous avez déjà testé un style l’année dernière et c’était un flop ?
Ces détails aident aussi à cadrer les choses, à éviter les écueils, et à montrer que vous respectez le travail du créatif. Parce qu’un bon graphiste ne crée pas dans le vide : il compose avec la réalité.
Le ton, la voix, l’émotion
Un design, ce n’est pas que des formes et des couleurs : c’est une émotion visuelle. Un bon visuel parle même sans texte.
Alors posez-vous la question : qu’est-ce que votre public doit ressentir en le voyant ? De la confiance ? De l’excitation ? De la proximité ? De la surprise ?
Parlez aussi de votre voix de marque : êtes-vous chaleureux, professionnel, engagé, drôle, minimaliste ? Utilisez-vous des tournures familières ou un langage très corporate ? Ces éléments influencent la typographie, les choix d’illustration, la hiérarchie de l’info.
Si vous avez déjà une identité éditoriale, partagez-la. Sinon, essayez au moins de formuler votre positionnement émotionnel. Un visuel cohérent avec votre ton fera toujours mouche.
Ce que le brief n’est PAS (et ne doit jamais devenir)
Il est temps de balayer quelques idées fausses. Le brief n’est pas :
- Une commande militaire (“je veux ça, comme ça, pour telle date, sans discussion”)
- Un brainstorming écrit à 2h du matin (“je t’explique, c’est un concept un peu flou mais je sens qu’il y a un truc”)
- Une œuvre d’art incompréhensible (“tout doit être symbolique, le bleu représente mon enfance”)
- Une retranscription de vos pensées (“j’aimerais un logo… enfin non, une illustration… enfin les deux… en fait tu verras”)
Un mauvais brief, c’est soit trop vague, soit trop rigide. Dans les deux cas, il paralyse la créativité et produit des résultats moyens.
Un bon brief est clair, mais ouvert. Structuré, mais vivant. Exigeant, mais collaboratif.
Et surtout : il ne doit pas être lourd à lire. Si votre brief donne envie d’aller faire la vaisselle, c’est qu’il faut l’alléger.
Un bon brief, c’est un échange. C’est aussi un marqueur de respect envers la personne à qui vous demandez un travail créatif, stratégique et souvent complexe.
Prenez le temps de formuler vos idées, vos attentes, vos contraintes et vos inspirations, même simplement. Vous n’avez pas besoin d’être expert en graphisme : vous êtes expert de votre projet. Et ça, c’est déjà tout ce qu’il faut pour bien briefer.
Et si jamais vous ne savez pas par où commencer ? Écrivez un mail, parlez de votre projet comme vous le raconteriez à un ami. Votre graphiste saura ensuite poser les bonnes questions.
Vous verrez : avec un bon brief, le design devient un vrai plaisir à partager.
