On ne va pas se mentir. Quand une pub te fait oublier que c’est une pub, c’est déjà gagné. Fin 2025, Intermarché balance un court-métrage de Noël avec un loup solitaire en personnage principal. Pas une punchline, pas un prix barré, pas un slogan hurlé à la fin. Juste une histoire. Et bizarrement, tout le monde regarde jusqu’au bout. Deux minutes et quelques. Un loup, une forêt, de la solitude, un rejet, puis une forme d’acceptation. Et au milieu de tout ça… une marque de grande distribution. C’est peut-être ça, le plus fou.
Le storytelling avant la marque et ça change tout !
Le storytelling avant la marque et ça change tout ! Intermarché fait ici ce que beaucoup de marques n’osent plus faire s’effacer derrière une histoire :
- Le logo arrive tard.
- Le produit n’est pas le héros.
- La marque ne crie pas « regardez comme on est sympa ».
- Et paradoxalement, c’est exactement pour ça qu’on s’en souvient.
- On parle du loup.
- Pas du prix du jambon.
Soyons honnêtes : aujourd’hui, regarder une pub jusqu’au bout est devenu un exploit. On scrolle, on zappe, on mute, on ferme. La pub est partout, tout le temps, souvent mal placée, rarement désirée. Et pourtant, ce loup-là… on le regarde. Pourquoi ? Parce que la pub ne te parle pas comme une pub. Elle ne cherche pas à te convaincre. Elle te raconte quelque chose. Le rythme est lent, presque à contre-courant de TikTok et des formats ultra-cut. La musique est là pour accompagner, pas pour manipuler. Le message est simple, presque naïf et ça fait du bien.
Qui a produit ce court-métrage ? (et pourquoi c’est important)
- Derrière ce film : il n’y a évidemment pas “Intermarché et un stagiaire sur After Effects”. Ce type de production, c’est un vrai court-métrage animé, avec les contraintes du cinéma… et celles de la pub en plus. Le projet a été développé par une agence créative associée à un studio d’animation, avec une équipe composée de : réalisateurs, directeurs artistiques, animateurs 3D, lighting artists, compositors, sound designers, monteurs. 👉 On parle très probablement de plusieurs dizaines de personnes, mobilisées sur plusieurs mois. Pas deux semaines entre deux réunions.
- Temps de production : pour ce genre de film, la production s’étale souvent entre 6 et 12 mois, entre : l’écriture, le storyboard, la modélisation, l’animation, le rendu, la post-production…
- Côté logiciels : Maya / Blender pour l’animation, Houdini pour certains effets, Unreal Engine ou moteurs de rendu offline pour le lighting, Nuke / After Effects pour la compo, Pro Tools / Logic pour le son, Rien de magique. Juste du temps, des compétences, des choix artistiques forts… et un budget assumé. Et c’est là que ça devient intéressant.
Pourquoi les marques ne font plus (ou presque plus) ce genre de pub ?
La pub du loup fonctionne aussi parce qu’elle détonne dans un paysage publicitaire devenu… fade. Aujourd’hui, beaucoup de pubs se ressemblent : même rythme, même montage, mêmes codes “corporate cool”, mêmes messages vaguement inclusifs, mêmes musiques “émotionnelles” sous licence, On ne les regarde pas. On les subit. Il y a 10 ou 20 ans, certaines pubs étaient attendues. Notamment celles de Coca-Cola à Noël. Quelques exemples cultes :
Coca-Cola – Happiness Factory 2006
Peugeot 206 Inde 2002
Lotto Instant Kiwi – exam 1999
Ces pubs avaient : une identité forte, une narration claire, une signature visuelle reconnaissable en 2 secondes, On savait que Noël arrivait parce que la pub passait. Le paradoxe est là : les marques n’ont jamais eu autant d’outils… et jamais aussi peu de pubs mémorables. Pourquoi ? Peur de prendre des risques, validation par comité, tout à l’économie, algorithmes, A/B testing à outrance, Résultat : des pubs “efficaces” mais oubliables. Optimisées, mais sans âme. On ne déteste pas ces pubs. On ne les aime pas non plus. On les oublie.
Ce loup pose une vraie question : et si les gens étaient encore prêts à regarder de la pub… à condition qu’elle soit bonne ? Pas “bonne” au sens marketing. Bonne au sens cinéma, narration, émotion. Peut-être que le public n’est pas saturé de pubs. Peut-être qu’il est saturé de mauvaises pubs.
Et si le vrai luxe, aujourd’hui, c’était l’attention ? Dans un monde où tout se bat pour capter ton regard, prendre 2 minutes pour raconter une histoire sincère devient presque un acte militant. Le loup d’Intermarché ne vend pas juste une marque. Il rappelle que la créativité existe encore, même dans la grande distribution. Et rien que pour ça, il mérite qu’on s’arrête dessus.
